En-quête de santé

Au-delà du jeu avec les mots qui donne son titre à notre projet, il y a deux réalités qu’aborde cette exposition.

Enquete de santé ©MEB, univeristé de Bordeaux Enquete de santé ©MEB, univeristé de Bordeaux

Tout d’abord la santé fait l’objet d’une forme de quête en vue de la conserver ou de la retrouver, ensuite la santé fait l’objet d’enquêtes dont les chercheurs de sciences sociales font profession. Ce sont donc de ces deux réalités que l’exposition Enquête de santé entend traiter. Quels sont les logiques et les dynamiques sous-jacentes aux faits de santé ? Quels sont les outils et les questions mobilisées par les chercheurs pour y répondre ? A l’initiative de ce projet, il y a d’abord une opportunité offerte aux enseignants du département d’anthropologie sociale de l’Université Bordeaux Segalen de se saisir d’un espace muséal rénové pour « mettre en scène » leur réflexion, il y a ensuite la mise en place d’un travail collaboratif d’anthropologues travaillant sur la santé en Afrique et/ou en Europe.

Ce projet comportait de nombreux défis. Tout d’abord il s’agissait, pour des universitaires plus habitués à dérouler leur réflexion dans des textes, à se plier à l’exercice d’une traduction sous forme d’artefacts et d’évocations, sans perdre pour autant en pertinence. Il convenait ainsi de rendre accessible au plus grand nombre la complexité comme la diversité des expériences de santé. Ce faisant les chercheurs occupent leur place dans la cité en rendant compte de leurs travaux au grand public.

 

Dans ce but, le visiteur est invité à s’interroger sur la santé, sur ce qui nous semble relever de l’évidence parce qu’inscrit dans notre quotidien. En effet, la santé est d’abord une expérience personnelle. On se sent « en forme » ou « out », notre santé est  bonne ou mauvaise, on la protège ou pas. Pourtant nos actions regardant la santé comme nos représentations de celle-ci sont le produit de nos expériences passées, de notre éducation, du savoir reçu ou acquis mais également de nos moyens financiers. Ici le capital social, culturel économique joue comme une ombre invisible sur nos choix. Partant de cette expérience intime nous proposons au visiteur de réfléchir sur  les conditions (économiques, politiques) comme sur les contextes (culturels et sociaux) qui contraignent ou favorisent la bonne santé.

 

De cette manière nous témoignons également de la nature de nos travaux. En décrivant les dynamiques et en analysant les logiques qui sous-tendent la santé, ces travaux posent des questions, mettent à jour les points aveugles de la santé ; l’impact des inégalités dans l’accès au soin, les dimensions culturelles et sociales qui participent à la reconnaissance de la maladie ou à ce que nous désignons comme les « itinéraires thérapeutiques ». Ces chemins parfois sinueux que nous empruntons pour nous soigner. Les travaux en sciences sociales témoignent de la multiplicité des acteurs comme des pratiques qui participent de « la santé », ils soulignent ses nécessaires dimensions politiques. Ils montrent également en quoi le discours sanitaire masque parfois des logiques de jugements moraux. Interroger les idées préconçues dont nous sommes porteurs sur la santé et en faisant entendre une voix différente sur cette question d’anthropologie, avec les autres sciences sociales, permet au-delà de la thématique uniquement sanitaire, de mieux appréhender les enjeux de nos mondes contemporains et d’y répondre.

Frédéric Le Marcis, commissaire scientifique de l'exposition

Mise à jour le 27/11/2015